LE SPORT...

                                        VAINCRE POUR CONVAINCRE

JUDO FUTUR-Ô-CLUB

 

 

 

 

 

 

Le judo est « un sport de combat », c'est à dire que le principe de la victoire y est deux fois important : Lié à la dynamique sportive d'abord, mais aussi du fait que le judo est un ancien système de défense. Il est donc avant tout, question d'apprendre à vaincre, et il n'y a aucune raison de refuser cette idée ou de s'en distancer. En judo comme dans toutes disciplines sportives, la victoire est une formidable ivresse et la compétition « lieu » de la victoire, une grande passion. Cette passion du jeu, d'affrontement, c'est du sport et le sport transcende positivement la nature violente de l'homme, sa volonté de s'affirmer par rapport aux autres, de dominer. Quoi que nous en pensions d'ailleurs, au quotidien de la pratique, il ne fait guère de doute que vaincre plus régulièrement que les autres est un plaisir extrême qui soutient nos plus intenses efforts, notre plus opiniâtre patience. Sans ce désir là, pas de netteté, pas de progression claire, pas d'échanges, pas d'universalité du judo qui se fonde sur la simplicité ancestrale de ses principes premiers.

La particularité du judo est d'offrir comme une sorte « d'en deçà » de la victoire, et surtout, un « au-delà ». L'en deçà de la victoire, c'est de faire effectivement du judo sans chercher à gagner, à vaincre son vis-à-vis. C'est ce que nous faisons pendant les phases d'apprentissage où le plus important est alors la découverte de nos moyens et de nos limites, de nos réactions et de nos sentiments face au combat et aussi des procédés subtils qui sont la sève de la discipline et dont l'étude demande de la constance, de la disponibilité physique, mentale, une véritable humilité, ici, la victoire est plus que secondaire.

Gagner d'accord, mais pourquoi et comment ? Vaincre pour convaincre… Convaincre le partenaire-adversaire bien sûr, et démontrer son incontestable supériorité.

Certains objecteront que la victoire ne se discute jamais. Elle est, un point c'est tout, et tous les moyens, toutes les méthodes qui y conduisent se valent. C'est vrai sur un certain plan : un champion olympique brillant vaut le même poids en médaille qu'un champion olympique de moindre talent… Mais qui voudriez-vous être ? Au fond, une hiérarchie secrète dans la valeur des victoires existe et nous la connaissons tous. Celui qui doit sa supériorité (momentanée) à une grande puissance physique ou à une agressivité naturelle, impressionne certes, mais ne démontre rien, à part, sans doute, sa détermination à s'affirmer, à se valoriser d'une façon qui reste frustre… et frustrant pour ses adversaires. La leçon de son parcours c'est « la loi du plus fort » qui ne suscite chez l'autre qu'une seule émotion : le violent désir de surpasser, par la force ou par quelque autre moyen, cette conjonction tyrannique. De même l'habile tacticien, celui qui joue si bien avec les règles et leurs faiblesses qu'il empoche des victoires que ses adversaires mériteraient sans doute plus que lui. On objectera que son talent tactique est une intelligence des choses bien supérieure à la simple expression de la force. C'est vrai, mais cette intelligence est plutôt une forme de ruse, une qualité précieuse et respectée mais qui n'embrasse pas l'ensemble du principe. Il triche en quelque sorte, ce que tout le monde ressent. C'est d'autant plus vrai quand cette ruse est au service d'un niveau manifestement inférieur à celui de l'adversaire, flirtant sans cesse avec un comportement aux franges du médiocre : Jouer sur l'esprit de l'arbitre, s'arranger pour faire pénaliser, pour récupérer etc…

Dans les deux cas, la victoire ne peut pas être positive, car les seules leçons qu'elle donne, sont les façons d'amoindrir, d'entraver les travers de son vis à vis en lui faisant l'affront de le vaincre sans le convaincre de sa défaite, sans lui apprendre quelque chose. C'est un jeu qui n'est pas sans intérêt, mais rapidement répétitif et vain. La victoire, la plus belle est celle qui a un sens. Ce sens se perçoit de l'intérieur : la victoire est une démonstration. C'est le travail accompli pour atteindre le niveau manifesté, mais surtout la pertinence de ce travail, qui apparaît. Ce beau vainqueur est un judoka qui a « tout compris » et ce qu'il a compris, on en voit la fulgurance dans un geste spontané, une attitude juste. C'est, bien sûr, le niveau technique qui est le socle de cette démonstration. Existe-t-il une émotion plus profonde, pour un judoka, qu'un ippon parfait ? A travers cette maîtrise, la victoire devient leçon et échappe au jeu de l'affirmation égotiste et parvient à convaincre. Un déplacement sanctionné par un balayage dans le temps, un relâchement bien exploité ou encore une habile confusion amenant l'adversaire à se jeter lui-même sur le dos, rien de tout cela ne se discute, ne se conteste.

Vaincre est essentiel en judo, c'est entendu, mais la pire des erreurs serait sans doute de prendre notre désir de victoire au pied de la lettre. Car ce n'est pas de victoire dont il faut rêver, mais d'excellence, ce n'est pas de battre l'adversaire, mais de le surpasser, ce n'est pas d'être le premier, mais le meilleur possible.

Le combat est une démonstration, la victoire son éventuelle conséquence.

La revue judo : Emmanuel Charlot

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